Festival Villes des musiques du Monde : la scène française à l’honneur

Octobre 2020

Le festival Villes des musiques du Monde avait décidé de se maintenir et de s’adapter au couvre-feu. Malgré le nouveau confinement, ses organisateurs gardent espoir. Ils comptent tenir au printemps la suite de cette édition dont la programmation faisait la part belle à la scène française.

Ils auront tenu jusqu’au bout. La clôture anticipée du festival Villes des musiques du monde s’est finalement tenue le 29 octobre, confinement oblige.  « C’était particulièrement important cette année, affirme Kamel Dafri, le directeur du festival, notre singularité est d’être dans des territoires qui ont beaucoup souffert de la crise sanitaire. Nous voulions à tout prix y préserver la vie sociale et culturelle et limiter autant que possible les aspects psychologiques de ce que nous traversons. » Malgré ce nouveau coup dur, l’association ne s’avoue pas vaincue et donne rendez-vous en avril 2021 pour un acte II du festival.

Festival villes des musiques du monde
© OKOK - Julia Portanier

La scène française toujours à l’honneur

« Au-delà de la déception, la question qui se pose maintenant est celle de la projection » explique l’organisateur du festival. L’équipe a désormais les yeux rivés vers le printemps et « mise sur l’hypothèse d’une période de déconfinement ». Les 25 événements annulés seront proposés en avril dans l’acte II. L’événement devrait s’ouvrir par une exposition hommage à Rachid Taha au Conservatoire national des arts et métiers, « la douce France de Rachid Taha », mais aussi par « l’inauguration du Fort d’Aubervilliers, un lieu dédié à la création que nous avons investi » se réjouit le directeur.

« Le thème choisi pour cette année : Douce France, s’est avéré judicieux » reconnaît Kamel Dafri. Pour cette 23ème édition, l’association avait décidé de mettre à l’honneur la scène française de musiques du monde. Elle se défend d’un choix dicté par les contraintes sanitaires, « cela correspond au contraire à notre approche, qui est de célébrer la diversité culturelle de notre pays et de mettre en valeur la créativité de la scène musicale française » explique l’organisateur.

Festival villes des musiques du monde
© Julia Portanier

Fondée en 1997, l’association mène de nombreux projets de soutien à la création tels que le Prix des musiques d’ici, qui récompense depuis 2017 des artistes français comme Perrine Filadji, chanteuse bordelaise dont la musique est mêlée d’influences congolaises. Ou encore le festival jeune public Babel minots, qui se tient chaque année à Marseille. « Nous sommes ravis de pouvoir exposer davantage ces artistes-là » poursuit Kamel Dafri.

Plusieurs fois décalée, la sortie de l’album de Perrine Filadji a finalement eu lieu au Petit Bain le 21 octobre devant une petite centaine de spectateurs, trois moins fois que d’habitude en raison de la crise. Les concerts de Mouss et Hakim, les deux compères de Zebda, de l’Orchestre national de Barbès ou encore de La relève quant à eux, sont décalés au printemps « sauf contrordre » assure Kamel Dafri.

« Les rois du tétris »

Depuis des mois, l’association adapte son organisation au gré des mesures sanitaires. Diminution des jauges, fermeture des espaces recevant du public et enfin couvre-feu, elle a toujours réussi à faire face, changeant les horaires, étirant la durée du festival ; « on était devenus les rois du tétris ! » s’amuse le directeur du festival. « Salles de boxe, salles municipales… la grande diversité des lieux dans lesquels le festival se tient chaque année nous a aussi aidés à le maintenir si longtemps » estime ce dernier. Pour le deuxième acte, l’organisateur reste prudent, « nous travaillons dans l’hypothèse de contraintes sanitaires fortes, comme en septembre ».

Aujourd’hui, en marge de l’organisation de l’acte II du festival, l’association étudie minutieusement les mesures gouvernementales pour savoir quels projets peuvent être maintenus. « Nous sommes en train de voir si nos projets avec les jeunes, notamment les établissements scolaires peuvent être maintenus. L’avantage de ce deuxième confinement moins strict est qu’il nous permet de maintenir nos résidences d’artistes » détaille avec soulagement le directeur de l’association.

Festival villes des musiques du monde
© Willy Vainqueur

 

La crise comme « un laboratoire »

Malgré tout, ce contexte n’entame pas l’optimisme de Kamel Dafri qui veut affronter la période « avec réalisme et de manière positive ». Une réaction qu’il attribue à la nature des territoires sur lesquels il travaille, « les musiques que nous défendons sont populaires, nous sommes des vecteurs de douceur » considère-t-il.

Festival villes des musiques du monde - La Caravane passe
© La Caravane passe - TijanaPatic

Depuis le début de la crise, l’association cherche « de nouvelles manières de faire vivre ces musiciens ». Dans le cadre d’un projet baptisé « La vie continue », elle a mobilisé tout son réseau, notamment d’éducation populaire, pour trouver des lieux pouvant accueillir des concerts. Résultat, plus de 70 spectacles se sont tenus tout l’été dans des parcs de loisirs, des MJC, des fêtes de quartiers, ou encore des jardins publics…

« Ce réseau-là n’est pas moins noble, il est différent et il interroge sur les circuits habituels de diffusion de la musique » estime Kamel Dafri qui préfère voir la période comme « une sorte de laboratoire ». « Il reste des capacités d’initiative à valoriser et à faire connaître » veut-il croire. 

Philippine Donnelly

Publié le 29 octobre 2020