Finale 2.0 pour les rappeurs de Buzz Booster

Novembre 2020

Valoriser la scène musicale rap, accompagner la professionnalisation d’artistes émergents, dynamiser le réseau de diffusion des musiques urbaines, tels sont les objectifs du Buzz Booster, une compétition dont la finale nationale devait se tenir pour la première fois cette année dans les Hauts de France. Pandémie et couvre-feu oblige, les lauréats des différentes régions ne fouleront pas la scène du Flow à Lille…

La finale de Buzz Booster aura bien lieu…mais en ligne.
Entre 380 et 400 artistes participent à ce concours dans toute la France. Pour s’inscrire, les rappeurs en herbe doivent être en mesure de présenter un répertoire original de 30 minutes et ne pas avoir encore signé d’album avec une maison de disque au moment de l’inscription. Miloud Arab Tani, ancien président de l’association devenu coordinateur général ne ménage pas ses efforts pour soutenir ces artistes émergents au travers de Buzz Booster. Ce projet qui a commencé à se structurer en 2015 est né car « le rap français, c’était la priorité et le cœur de métiers des gens autour de la table ».
Une initiative difficile à mener, surtout à ses prémices : « l’engouement de la profession des musiques actuelles et du rap, ce n’était pas ça à l’époque. Cela ne fait que 5-6 ans que le public et les acteurs dans cette profession s’y intéressent », précise celui qui est aussi directeur de l’Affranchi, une salle de concert marseillaise. « Dans l’imaginaire collectif, le rap se trouve dans les quartiers, alors que ce n’est pas cela. »

Une finale repensée

Covid-19, masques, couvre-feu… Malgré les contraintes, Buzz Booster s’est adapté pour que les finalistes régionaux puissent aller au bout de cette 11ème édition et jouer la finale nationale. Chaque rappeur se produira dans sa région avec l’aide de sa structure accompagnante régionale.

« Les dix finalistes vont être filmés dans leur région avec un cahier des charges communs, malheureusement sans public et sans live », explique Miloud Arab Tani. Le jury sera composé des dix membres du réseau et de cinq professionnels qui délibèreront début décembre à Paris. Bien sûr, cette finale manquera sans doute de la spontanéité qu’offre une prestation sur scène mais tout sera mis en œuvre pour que chaque performance soit mise en valeur. « Il y aura X prises de vues pour obtenir le meilleur angle possible ainsi qu’un plan fixe brut pour être le plus proche de la réalité d’un live. »

L’annonce du vainqueur se fera sur les réseaux sociaux avec la présentation d’un documentaire. Quant au prix, une série de concerts organisés dans les festivals, il devra sans doute être remplacé cette année en raison de la situation sanitaire. « La tournée était organisée par les membres de l’association. Si elle est annulée on proposera que le lauréat de cette année bénéficie d’un nouveau dispositif précise Miloud Arab Tani. Cette nouvelle récompense, toujours en discussion, avec de nouveaux partenaires comme Red Bull, porterait sur la mise à disposition d’un studio pendant quinze jours, l’accompagnement d’un tourneur spécialisé dans le rap, Yuma, et le soutien de Believe, leader mondial de la distribution numérique. »

Retrouver le public au plus vite

Comment les artistes se préparent-ils pour cette finale 2.0 ?
« Je fais vraiment comme s’il y avait un public face à moi, j’interprète à fond, corps et âme » décrit Milos Ladowz, vainqueur dans les Hauts-de-France, même si à l’annonce de cette nouvelle formule « je n’en ai pas dormi, ça m’a presque mis en dépression », confie-t-il.
Pour mettre en scène cette finale, le rappeur sort d’une résidence de quatre jours avec Faf Larage comme intervenant, organisé par le Flow à Lille, l’une des deux structures accompagnatrices de la région avec Secteur 7 basé à Maubeuge. « On a fait pas mal de captations pour voir ce qui allait ou pas, on shoote, on peaufine et on performe. Même s’il n’y a qu’une ou deux personnes, il faut les régaler » commente l’artiste. La salle des cultures urbaines de la capitale des Flandres le laisse aussi profiter des locaux deux fois quatre heures par semaine pour un rendu final de quinze minutes.

En parallèle de Buzz Booster et de cette finale, il existe une dynamique d’accompagnement pour ces jeunes rappeurs. Midos Ladowz continue de travailler sur un nouveau projet qui devrait sortir en fin d’année, « si tout va bien ». « Il avait besoin de visuel [pour réaliser un clip], on l’a aidé à financer ça », commente Stéphane Kajé, chargé de communication et de programmation pour Secteur 7. « On se répartit l’accompagnement avec le Flow qui par exemple a essayé de lui trouver des dates. De notre côté, nous avons essayé de le placer sur un festival à Maubeuge dans lequel nous sommes impliqués. Malheureusement avec la Covid-19 il n’a pas eu lieu. »

Malgré toutes les annulations ou adaptations, Midos Ladowz garde le moral. « Je reste optimiste. Ça prend énormément de temps et j’ai une famille mais il faut que ça marche et je garde le sourire ». Son souhait le plus cher comme celui de tous les artistes : retrouver le public au plus vite.

Julie Sebadelha

Publié le 02 novembre 2020