Les ondes positives de Christine Ott

Spécialiste des ondes Martenot*, la compositrice d’origine alsacienne Christine Ott a joué avec des grands noms du rock et de la chanson, avant de se tourner davantage vers des compositions personnelles et les musiques de film. Elle vient d’être primée pour l’atelier « Musique & Cinéma » qu’elle anime au Conservatoire de Strasbourg.

Christine Ott
Christine Ott en 2012, accompagnant une projection du film « Tabou », de Murnau, avec un Ondéa, version moderne des ondes Martenot, qu’elle utilise sur scène © Darek Szuster

Ces derniers temps, Christine Ott met en musique, dans des salles françaises, belges et néerlandaises, « Nanouk l’Esquimau », le chef d’œuvre documentaire de Robert Flaherty. Alternant piano, gong, tom, ukulélé, elle improvise au fil des images, sur une trame établie en collaboration avec Torsten Böttcher, qui joue du hang, du didgeridoo, du kalimba…
Christine Ott a rencontré le musicien allemand, qui vivait alors dans la ville voisine de Fribourg-en-Brisgau, dans une rue de Strasbourg. « Sa façon de jouer m’a interpellée. Je suis assez timide, je n’ai pas osé l’aborder tout de suite, mais je suis repassée et je lui ai parlé. Je pensais à une scène précise de « Tabou » (NDLR : le film de Murnau, sur lequel l’Alsacienne travaillait alors). Lui m’a raconté qu’habituellement, il déchirait les cartes de visite qu’on lui remettait et ne donnait pas suite aux propositions qu’on lui faisait… »

Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain

Pendant toute la première décennie 2000, c’est elle que l’on venait chercher. Radiohead, Tindersticks, Noir Désir, Dominique A, Vénus, Cascadeur, Julien Doré… Christine Ott a accompagné, sur scène ou en studio, une belle brochette de grands noms du rock et de la chanson, qui voulaient profiter de ses ondes Martenot, dont elle est une des rares spécialistes.

Elle a ainsi passé sept années aux côtés de Yann Tiersen, celui par qui la lumière est arrivée. Un jour, cherchant une partition pour une de ses élèves de piano, l’enseignante alsacienne appelle le producteur de l’homme-orchestre breton, qu’elle ne connaît pas. « Quand j’ai dit que je jouais des ondes Martenot, il a poussé un grand cri, en disant que Yann en était fou. »
Dans la foulée, elle participe à l’enregistrement de la bande originale du « Fabuleux destin d’Amélie Poulain », avant ceux de « L’Absente » (2001), des « Retrouvailles » (2005), de la BO du documentaire « Tabarly » (2008). Avec Tiersen, Christine Ott joue dans les plus grands festivals, fait trois fois le tour du monde. « J’ai vu partout des gens ouverts et fascinés, qui, souvent, entendaient des ondes pour la première fois… »

Un instrument « sensuel »

Cet instrument « sensuel, à la palette sonore incroyable », elle l’a découvert au Conservatoire de Strasbourg, où elle n’est entrée qu’à l’âge de dix-huit ans, pour le piano, et où Françoise Cochet l’a convertie. C’est d’abord le titre d’une partition qui a retenu son attention : « Ça s’appelait « Deux pièces en son-relief », de Jean-Marc Morin : j’ai dit à Françoise que je voulais la travailler, elle m’a répondu que c’était beaucoup trop dur, j’ai insisté. Aujourd’hui, je me dis que ce n’était pas anodin : les ondes, pour moi, c’est de la sculpture sonore. »

Christine Ott a étudié ensuite à Paris avec l’autre grande dame des ondes, Jeanne Loriod, la belle-sœur d’Olivier Messiaen. Depuis 1997, revenue au Conservatoire de Strasbourg, c’est elle qui transmet sa passion à des étudiants venant du monde entier.
Son atelier « Musique & Cinéma », mis en place en 2016, vient de lui valoir le Prix de l’enseignement musical 2019, remis par la Chambre syndicale des éditeurs de musique de France. « Le film donne un cadre, comme un chef d’orchestre, et nous emmène dans des recoins cachés, où notre personnalité ne nous aurait pas conduit, observe-t-elle. Beaucoup de compositeurs de BO utilisent des ordinateurs, des instruments virtuels. Moi, je cherche la spontanéité, la réactivité permanente aux images. »

Les échos du monde  

Christine Ott ne travaille pas que sur le patrimoine muet. Avec le pianiste Mathieu Gabry, son partenaire au sein du duo Snowdrops, elle a signé la BO de « Manta Ray », du Thaïlandais Phuttiphong Aroonpheng, primé à la Mostra de Venise l’an dernier. « J’aimerais développer des projets avec de jeunes réalisateurs », souligne la Strasbourgeoise.

En attendant, elle voudrait aussi faire entendre les nombreuses musiques qui dorment dans ses tiroirs. Elle cherche un label pour un double album de pièces de piano, enregistré avec le joueur d’oud Ophir Lévy. Plusieurs albums de Snowdrops sont prêts, un autre en trio avec Mathieu Gabry et l’altiste Anne-Irène Kempf. En février, le label Nahal sortira un album « 100% ondes Martenot et 100% inédit », qui devrait s’appeler « Chimères ».

Depuis deux ans, elle cherche aussi à achever un troisième album de compositions originales sous son seul nom, une suite au très abouti « Only Silence Remains », publié en 2016 par le label indépendant anglais Gizeh Records. « La genèse de ces morceaux est la même, ils font écho à ce qui se passe dans le monde, à la catastrophe environnementale qu’évoquait déjà Disaster, la conclusion d’Only Silence Remains… ».  Christine Ott résume : « J’ai pas mal de projets en cours, mais du retard pour tout ! »

Olivier Brégeard

*Instrument électronique à clavier, dont le principe de fonctionnement est l'exploitation des différences de fréquences émises par des générateurs.

Publié le 02 décembre 2019