Les salles de spectacle face à la crise : ouvrir malgré tout !

Depuis la rentrée, malgré des protocoles qui demeurent très strictes, des salles de spectacles mettent tout en œuvre pour pouvoir rouvrir. Adaptation aux contraintes sanitaires, jauges revues à la baisse, chacun compose pour revenir malgré tout à une forme de normalité. Timidement, au jour le jour, mais avec envie ! Reportage au Paradis Latin, aux Trois Baudets et au FGO-Barbara.

Réouverture Paradis Latin
Spectacle de réouverture ©Paradis Latin

« Un choix citoyen », c’est ainsi que Walter Butler qualifie sa décision de rouvrir le Paradis Latin. « Il faut bien vivre ; le plus ancien cabaret au monde se devait d’être aussi le premier à rouvrir », poursuit le propriétaire de l’institution parisienne inaugurée par Napoléon en 1803.
Le même esprit militant habite Léo Jouvelet, co-directeur des Trois Baudets et du FGO-Barbara. « Nous avions à cœur de reprendre enfin la mission de service public qui est la nôtre » explique-t-il.

Pour les artistes

Au cœur du quartier de la Goutte d’Or dans le 18è arrondissement à Paris, FGO-Barbara est un lieu dédié à la jeune création, qui accueille aussi de nombreuses associations et mène plusieurs projets d’action culturelle avec les habitants du quartier sous l’égide de Mouss Amokrane, du groupe Zebda. « Il était important de se projeter et d’arrêter de repousser indéfiniment » estime Léo Jouvelet. « Même si tout le monde est très motivé, impliquer les acteurs de ces projets n’est pas évident, poursuit-il, il faut les repenser, les adapter aux contraintes sanitaires. » Ainsi, le festival Ici Demain, dédié à la jeune création et qui permet à de jeunes artistes de faire leurs premières armes sur scène, se tiendra malgré tout, du 18 au 20 novembre, dans les lieux emblématiques du quartier « en adaptant les jauges et les formats » promet le directeur.

Guillaume Étienne, responsable des studios au FGO-Barbara a quant à lui constaté une « envie de refaire de la musique, autant pendant le confinement qu’après, il y avait une vraie demande ». L’établissement propose plusieurs studios de musique amplifiée à un public d’amateurs éclairés, de professionnels aguerris ou de groupes en développement. Pour ces derniers, la situation est plus difficile explique-t-il : « il y a une vraie prise de risques financière à organiser une répétition sans pouvoir se projeter ».

Pour la troupe du Paradis Latin, la réouverture a été « une très bonne surprise » assure Walter Butler qui se réjouit de voir son équipe travailler « dans une très bonne ambiance ».

Réouverture Paradis Latin
Spectacle de réouverture ©Paradis Latin

Une organisation à repenser

Aux Trois Baudets et au FGO-Barbara, « il a fallu établir un sens de circulation, s’équiper en gel hydro-alcoolique, mettre en place un système d’aération à l’air pur, définir les procédures… » détaille le directeur des deux établissements qui évoque « une rentrée très chargée ». À l’instar du Paradis Latin, les deux salles du nord de Paris ont mis plus d’un mois à ouvrir au public après le retour de leurs équipes.

Même si au Paradis Latin, les travaux de rénovation réalisés avant la réouverture en juin 2019 ont rendu les choses plus simples selon Walter Butler, « nous avions déjà renouvelé le système d’aération et les dimensions exceptionnelles de la salle facilitent le respect des distances sanitaires ». Le cabaret accueille désormais trois cents personnes au maximum, pour six cent cinquante places en temps normal.

Entre chaque usage les studios du FGO-Barbara sont aérés pendant une heure et les micros ne sont plus prêtés, « impossible de changer toutes les bonnettes ! » explique le responsable des studios.

Lorsque les spectacles s’y prêtent, les Trois Baudets organisent deux sessions, avec aération complète et désinfection de tous les sièges au milieu. La salle, qui compte deux cents places hors période Covid, parvient, dans le meilleur des cas, à accueillir cent dix personnes avec les jauges sanitaires.

Studios FGO
Les studios du FGO Barbara ©Lucie Brugier

Au jour le jour

Pour rentrer dans leurs frais, le directeur des Trois Baudets estime avoir besoin « d’une jauge à 80% et d’un bar qui tourne bien ». Le FGO-Barbara, dédié à la jeune création, accueille des spectacles de musiques urbaines. Elle reçoit habituellement trois cents spectateurs en configuration debout. « Aujourd’hui, en optimisant parfaitement, on arrive à quatre-vingt, dans les faits, c’est plus souvent entre soixante et quatre-vingt spectateurs » explique son directeur. Une différence vertigineuse. « Même avec les doubles sessions, on travaille à perte » estime Léo Jouvelet, tout en reconnaissant une situation « extrêmement privilégiée par rapport à d’autres : nos établissements sont subventionnés, la Ville de Paris nous aide beaucoup ».

Walter Butler aussi s’estime chanceux à double titre. « Notre clientèle est à 80 % française. Nous sommes de fait moins impactés que les autres cabarets » explique-t-il. Il voit malgré tout sa réouverture comme « un investissement financier et citoyen ». Il évalue son seuil de rentabilité à 75% de remplissage. « Nous tiendrons le temps qu’il faudra poursuit-il, le Paradis Latin a la chance de faire partie d’un grand groupe, qui lui permet de tenir ».

Le public répond globalement présent. « C’est une bonne surprise, on ne sent pas d’inquiétude, les gens veulent sortir, et pas uniquement les jeunes ! » estime Walter Butler. « Les spectacles se remplissent assez vite, alors qu’on attendait un public en retrait » se réjouit Léo Jouvelet. Les jauges sont tellement petites qu’il est difficile d’en tirer des conclusions générales sur l’accueil du public » nuance-t-il toutefois.

Au Paradis Latin comme aux Trois Baudets, on juge prématuré de parler d’avenir, chacun préférant travailler au jour le jour, au gré des annonces. Un parti pris que Guillaume Étienne décrit comme « la politique de l’autruche prévenante : on ne pense pas à la fermeture mais on met tout en œuvre pour que cela n’arrive pas ! »

Philippine Donnelly

Publié le 28 septembre 2020