Lyon : Musicalame, une librairie dédiée à la musique "unique en Europe"

Ouverte en 2005, la librairie lyonnaise Musicalame propose exclusivement des livres sur la musique (et quelques-uns sur la danse). Rencontre avec la gérante, Isabelle Maillot, une ancienne ingénieure rattrapée par sa passion pour la musique qui a ouvert le lieu dont elle rêvait.

Librairie Musicalame
© Alcyone Wemaere

« Librairie de musique » indique un bandeau rouge sur la devanture. Dans la vitrine, cohabitent pêle-mêle le livre témoignage de la dernière compagne de Bill Evans, un livre de poche sur l’histoire du son, une biographie de Nick Cave, une BD sur l’histoire de Mile Davis et Juliette Gréco, un livre audio pour enfants sur Casse-Noisette et encore une série sur l'histoire de la culture hip-hop américaine.

Avant même de pousser la porte de Musicalame, en bas des pentes de la Croix-Rousse dans le premier arrondissement de Lyon (16 rue Pizay), le visiteur sait qu’il ne met pas les pieds dans une librairie comme les autres. Ici, le rayon « musique » ne fait pas un ou deux mètres de long : il occupe tout l’espace de 120 mètres carrés !

Une table est ainsi consacrée aux BD comme le livre de Pénélope Bagieu sur le groupe "The mamas & the papas" ou la biographie dessinée "Callas, je suis Marias Callas" de Simona Maccaroni. Il y a aussi des étals dédiés à la théorie et à l’histoire de la musique, une section consacrée à la musicothérapie et une autre portant sur « la musique et les maths ». Dans le fond de la boutique, se cache un coin jeunesse rempli de contes musicaux et d’histoires d’animaux musiciens tandis qu’ici et là, on tombe sur des piles de cahiers de musique, de livrets d’opéra et même sur un livre de cuisine « rock » inspirée par les plus grands groupes du monde.

« Proposer quelque chose d’exhaustif autour de la musique »

« J’ai créé le lieu dont je rêvais », explique Isabelle Maillot, la gérante. « Il paraît que c’est unique en Europe », ajoute cette ancienne ingénieure de chez Renault qui, à 40 ans, a décidé de réaliser le projet qu’elle avait en tête depuis des années : « Proposer quelque chose d’exhaustif autour de la musique pour les gens comme moi ».

« Les gens comme elle », c’est-à-dire moins des musiciens que de simples mélomanes. Car Isabelle Maillot ne joue d’aucun instrument : « J’ai un peu gratté la guitare et je chante sous la douche mais c’est tout », confie cette amoureuse du jazz qui aurait aimé apprendre la musique quand elle était gosse.  
Le nom Musicalame est en soit un programme : outil précieux de l’Antiquité, taillé dans un roseau ou un jonc, le "calame" pouvait aussi bien servir pour écrire que pour jouer de la musique. Un nom tout trouvé pour une « librairie de musique ».

Le rayon littérature de « la maison » vaut en soi le déplacement : « Chez nous, on épluche la liste des centaines de romans qui paraissent chaque année pour trouver ceux qui ont un rapport avec la musique », explique Isabelle Maillot. Un travail de fourmi car « parfois le lien avec la musique n’apparait ni dans le titre, ni dans le descriptif ». Avec les années, toutefois, certains éditeurs signalent spontanément les titres susceptibles d’intéresser cette librairie atypique qui dispose aussi d’un coin disques.

Librairie Musicalame
© Alcyone Wemaere

Pousser les tables pour des « signatures-rencontres-concerts »

Située dans une petite rue entre le musée des Beaux-Arts et l’Opéra, Musicalame organise régulièrement des « signatures-rencontres-concerts » à l’occasion de la parution d’un livre ou de la sortie d’un CD.

« On pousse les tables et on installe soixante chaises », raconte Isabelle Maillot qui aime ces moments d’échange. Certains invités sont désormais des habitués qui n’envisageraient pas de ne pas organiser un événement autour de la sortie de leur livre ou de leur disque dans la librairie lyonnaise. C’est le cas de Gilles Cantagrel, grand spécialiste de Bach, du musicologue spécialiste des musiques électroniques, Guillaume Kosmicki, ou encore du saxophoniste Lionel Martin.

Longtemps, un piano a eu sa place dans la librairie mais « on n’a plus les moyens », confie Isabelle Maillot qui, comme toutes les libraires indépendantes, souffre de la concurrence de la vente en ligne.
Mais il y a régulièrement des rencontres qui lui rappellent pourquoi elle fait ce métier comme ce dimanche soir de décembre où une jeune femme d’une vingtaine d’années a déambulé pendant une heure dans la boutique avant de venir la voir pour lui dire son émotion d’avoir découvert un endroit pareil. « Ce n’est pas avec le livre de poche qu’elle m’a acheté que je gagne de l’argent, mais c’est ça qui fait tenir ».

Alcyone Wemaëre

Publié le 06 janvier 2020