À Paris, des spectacles en ligne pour «garder le lien»

Décembre 2020

Pour ce deuxième confinement, en dépit des annulations de spectacles, les grandes salles parisiennes ont immédiatement proposé une offre de spectacles en « livestream », sur les principales plateformes de réseaux sociaux. Pour le Théâtre de la Ville ou la Philharmonie de Paris, l’objectif est avant tout de tout maintenir un lien avec le public. Une nouvelle forme de diffusion qui perdurera au-delà de la crise.

Cette fois-ci ils étaient prêts. Dès le début du nouveau confinement, le Théâtre de la Ville proposait « Le tambour de soie », un spectacle de Nô japonais dansé en direct sur Facebook live et sur son site internet.
À la Philharmonie de Paris, « Penthesilea », l’opéra de Pascal Dusapin, mis en scène et filmé par Philippe Béziat unanimement salué par la critique était joué devant un public bien présent mais totalement virtuel, sur Arte concerts et sur les réseaux sociaux.

« Tout le monde voulait jouer ! »

« Nous l’avons fait parce que c’était possible » résume Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville.
Nulle interdiction de travailler pour ce deuxième confinement : comédiens, danseurs, musiciens, accessoiristes et techniciens ont pu venir assurer le spectacle, presque comme à l’accoutumée. « Nous avions anticipé l’hypothèse d’un nouveau confinement et fait en sorte de pouvoir organiser ces directs » poursuit le directeur du théâtre.
Le choix de diffuser des œuvres en ligne n’avait pas été retenu lors du premier confinement pour « préserver les droits d’auteur. Il nous semblait impensable de laisser des œuvres en accès libre » explique-t-il. Cette fois-ci, comme si on allait au spectacle, les directs sont conçus comme des « rendez-vous éphémères, que l’on ne peut pas revoir » précise-il.

À la Philharmonie, pour les mêmes raisons, le choix avait été fait de diffuser des archives d’œuvres hors droit. Pour ce deuxième confinement, les directs sont visibles après leur diffusion pendant une période définie en accord avec les auteurs. « En plus de l’Orchestre de Paris, nous sommes parvenus à faire travailler les quatre orchestres résidents, mais aussi les orchestres intermittents avec lesquels nous travaillons habituellement : les Arts Florissants, le quatuor Ébène, Pygmalion…, même s’il a fallu restreindre pour limiter les brassages. Tout le monde voulait jouer ! » se réjouit Hugues de Saint-Simon, secrétaire général de la Philharmonie.
Au Théâtre de la Ville, on estime avoir assuré 10 000 heures de travail aux intermittents pendant les deux confinements.

Des consultations poétiques

Ces spectacles sont accessibles à tous, gratuitement. Dans les deux établissements, la question du développement numérique ne date pas d’hier.
La Philharmonie fait des captations de ses concerts depuis douze ans, « pour toucher des publics plus larges, notamment les scolaires » explique son secrétaire général. En plus de leurs représentations virtuelles, « J’ai trop d’amis », spectacle jeunesse de David Lescot du Théâtre de la Ville a été joué devant 25 000 élèves et la prochaine création jeunesse du théâtre « Alice traverse le miroir » sera également joué pour les enfants hospitalisés à l’hôpital Necker. Le format semble avoir trouvé son public dans les deux institutions. Le Théâtre de la Ville estime avoir touché 200 000 spectateurs pour ses 26 représentations quand la Philharmonie compte 10 000 à 200 000 spectateurs par concert.

Les deux établissements ont aussi développé plusieurs autres concepts pour « garder le lien ».
Emmanuel Demarcy-Mota a développé et enrichi ses « consultations poétiques » de musique ; une centaine de comédiens et de musiciens assurent des consultations téléphoniques à l’issue desquelles ils délivrent une ordonnance poétique ou musicale au « patient » qui en a fait la demande.
À la Philharmonie, les visites « contées » du musée se tiennent en ligne et l’on s’essaie à la création de visites virtuelles immersives pour pallier la fermeture de l’expo « les musiques de Picasso ». Hugues de Saint-Simon juge tous ces projets extrêmement « stimulants » et se réjouit notamment de produire « de vrais objets cinématographiques » en l’absence de public. L’offre a été développée et enrichie au fil du temps. Le directeur du Théâtre de la Ville, quant à lui, considère qu’il est de son devoir « de montrer notre vitalité et notre créativité en ces temps de crise ».

Alors que les théâtres s’apprêtent à rouvrir, les conditions restent malgré tout très dégradées et la situation incertaine.
Le Théâtre de la Ville, a accueilli moins de 60 000 spectateurs lors de la saison dernière au lieu des 200 000 habituels. Il maintiendra directs et consultations téléphoniques « au moins jusqu’en juin » et les projets de la Philharmonie « captations, visites immersives et contées notamment pour les publics scolaires en dehors d’Ile-de-France » ont vocation à se poursuivre, explique son secrétaire général.
Au-delà du numérique, pour les patrons des deux établissements la saison prochaine sera nécessairement différente.  

Philippine Donnelly

Publié le 08 décembre 2020