A Lyon, une exposition sur notre « histoire très sentimentale » avec le vinyle

Juillet 2021

Le musée de l’imprimerie et de la communication graphique de la cité rhodanienne consacre une exposition passionnante aux disques microsillon, ou plutôt à celles et ceux qui les ont illustrés, collectionnés… A voir et à entendre jusque fin août.

Exposition Vinylmania
 

« Cette exposition ne raconte pas tant l’objet vinyle que la relation des gens avec les vinyles. Les gens et les visages, c’est ça le sujet. Chacun se reconnait dans cette histoire très sentimentale. »

Avant de déambuler dans les salles du Musée de l'Imprimerie et de la communication graphique consacrées à l’exposition « Vinylesmania », le directeur du musée et commissaire de l’exposition, Joseph Belletante explique qu’il ne voulait surtout pas d’une énième exposition « déjà-vu » sur le vinyle.

C’est réussi : le visiteur commence ainsi par découvrir les coulisses de la fabrique du disque microsillon. La gravure d’un disque de cuivre avec un burin chauffant, le bain électrique pour réaliser deux moules pour les faces A et B, le pressage du « biscuit »…

Entre les photos d’usine grand format signées Alastair Philip Wiper, le Britannique spécialiste de la photo industrielle, on suit les différentes étapes techniques qui suivent la sortie de la maquette des studios d’enregistrement.

Un objet initialement peu investi

Pochette vinyl Alex Steinwess
Pochette par Alex Steinweiss

Disparu avant de revenir triomphalement, le vinyle, à ses débuts, était considéré comme un simple support contenant des données : on le vendait dans des pochettes en carton grossier avec le nom du disque inscrit dans une typographie basique.
Un homme va comprendre, en 1939, l’importance d’investir l’objet vinyle pour créer un lien avec l’auditeur : le jeune directeur artistique de Columbia Records, Alex Steinweiss. Cet ancien étudiant en design va réaliser les premiers dessins originaux pour une couverture de disque. "C’est une révolution, les ventes augmentent de 1.000%", raconte Joseph Belletante. Les près de 2.500 pochettes de disques qu’il a conçues constituent encore aujourd’hui une influence pour de nombreux graphistes. La fameuse pochette à l’arc-en-ciel du disque des Pink Floyd, The Dark Side of the Moon sortie en 1973 ressemble d’ailleurs singulièrement à une pochette réalisée par lui, plusieurs décennies auparavant, pour l’enregistrement d’un concert… de Beethoven.

Comment parler du vinyle sans s’intéresser au collectionneur de vinyles ? L’exposition présente ainsi « un collectionneur type » : la cinquantaine, fan d’Éric Clapton avec ses « manies » étranges. Il collectionne ainsi les vinyles de reprises des Beatles - moins onéreuses que les disques des quatre de Liverpool - mais aussi les vinyles dont la pochette met en scène une voiture ou un couple.

Les petites histoires, pas si plates, du vinyle

L’exposition ouvre une fenêtre sur l’histoire, pas si plate, du vinyle. Est ainsi exposé un disque censuré d’Edith Piaf : le vinyle a été rayé avec une clef comme c’était le procédé à l’époque.
Autre pépite : cette photo rare de la « Disco demolition night » de l’été 79 où, aux Etats-Unis, des fans de rock ont brûlé en masse des vinyles disco après l’appel lancé par un animateur d’une radio rock de Chicago.

L’exposition fait une escale inattendue dans « le pays où le vinyle n’existe pas », la Corée du Sud. Là-bas, le vinyle a disparu plus brutalement qu’ailleurs avec l’arrivée du CD au début des années 80. Malgré l’avènement de la K-Pop, l’objet n’a jamais connu de retour de grâce… si ce n’est sous la forme de sous-verres imitant les vinyles.

Le phénomène inverse semble se produire en Afrique, où la dernière salle de l’exposition nous invite, avec des labels innovants qui vont chercher des talents locaux ou qui rééditent de vieux albums. C’est ainsi que l’on découvre, par exemple, la vie, l’œuvre et le visage fascinants de la compositrice et pianiste éthiopienne Emahoy Tsegué-Maryam retirée dans un monastère de Jérusalem depuis 1984 et redécouverte avec la série « Éthiopiques » (volume 21) en 2005.

Comme le résume un visiteur sur le livre d’or de l’exposition : « Il y en a pour les yeux et les oreilles ».

Alcyone Wemaëre

Publié le 23 juillet 2021