Dunkerque, le carnaval en chœur, en corps et encore

Mars 2025

Dans les rues de Dunkerque, de janvier à avril, l’air vibre au son des tambours, les rues s’emplissent de chants et de rires, et les nuits se prolongent jusqu’à l’aube. Costumes bigarrés, bandes joyeuses et bals bondés : ici, la fête est une affaire de transmission.

Fondée en 1864, l’association La Jeune France est la plus ancienne de Dunkerque. C’est d'abord un chœur d'hommes, où une cinquantaine de voix s'accordent sur un répertoire allant des grandes pièces d'opéra à la chanson française. Mais chaque hiver, elle se transforme en cheville ouvrière du carnaval en organisant son propre bal, un événement aussi festif qu'indispensable à son fonctionnement, puisqu’il finance ses opérations à l’année. 

Des bals au cœur du carnaval 

 « On commence à organiser notre prochain bal dès septembre. C’est une très grosse organisation : la restauration, la communication, le montage, le démontage, la billetterie... » Un marathon qui mobilise une quinzaine de bénévoles réguliers et jusqu'à 250 le jour du bal des Gigolos Gigolettes. Ici, la musique est reine : « Pas de playlist, chaque note est jouée en live, et le public reprend en chœur les refrains qui font l’âme du carnaval. On a deux salles : une grande avec un orchestre de 40 musiciens qui joue les classiques du carnaval et une plus petite avec 15 musiciens pour un répertoire plus varié. » À partir de 2 heures du matin, la Band’As Co prend le relais avec un répertoire inspiré du Sud-Ouest. 

Les Corsaires : entre fête et solidarité 

Autre pilier du carnaval, l'association des Corsaires, fondée en 1947 par des marins et des entrepreneurs, se distingue par son engagement philanthropique. Chaque année, les bénéfices de son bal, l'un des trois plus grands de la saison, sont reversés à des associations locales. "On est là pour faire la fête, mais aussi pour aider ceux qui en ont besoin", souligne son président, Jean-Louis Flour. Avec leur emblématique galion installé au centre de la salle et leur mise en scène spectaculaire – où des pirates attaquent le navire en pleine nuit –, les Corsaires offrent aux carnavaleux une plongée dans un folklore joyeusement délirant. Ils s’appuient également sur un catalogue de classiques de la chanson française, de Johnny Hallyday à Michel Sardou, dont le fameux « Les lacs du Connemara », repris en chœur par le public, vient chaque année clôturer la soirée. 

Un héritage en quête d’avenir 

Si le carnaval de Dunkerque vibre avec autant d'intensité, c'est aussi grâce à son répertoire musical, transmis de génération en génération. Les chansons résonnent dans les bandes, sur les podiums et dans les bals, certaines remontant à plus d'un siècle. Par son soutien aux créateurs et aux associations, la Sacem contribue à ce que cette culture populaire, bien loin des circuits commerciaux traditionnels, continue d'exister. 

Mais comme toutes les traditions, le carnaval doit faire face aux évolutions sociétales. La transmission aux jeunes générations est une préoccupation majeure. Ce n’est pas un hasard si à l’école « la première chose qu’apprennent les élèves, ce sont les chansons du carnaval ». Si le carnaval est une institution, son avenir dépend de la mobilisation des nouvelles générations. « Beaucoup de jeunes s'investissent et donnent de leur temps au moment du bal, ils sont l’avenir du Carnaval », espère-t-on du côté de La Jeune France. 

Car à Dunkerque, plus qu'un simple événement, le carnaval est une histoire sérieuse qui se vit, s’hérite et s’apprend comme une langue maternelle, en mêlant sa voix à celle des anciens. 

Publié le 20 mars 2025